Trois questions à Alexandre DJIANE et Aurélien BRUN
L’équipe du Dr. Alexandre DJIANE, au sein de l’Institut de Recherche en Cancérologie de Montpellier (IRCM) et soutenue par le SIRIC Montpellier Cancer , a récemment accueilli un nouveau post-doctorant : le DR. Aurélien Brun. Cette arrivée marque une étape importante pour le développement des recherches sur le métabolisme et la cachexie, un axe majeur du SIRIC. En associant expertise clinique, nutritionnelle et biologique, l’équipe d’Alexandre DJIANE s’intéresse à la compréhension fine des mécanismes métaboliques impliqués dans la cachexie liée au cancer. À travers ce portrait croisé, c’est l’occasion de découvrir le parcours d’Aurélien Brun, mais aussi de mettre en lumière la dynamique de recherche portée par cette équipe, au cœur des ambitions du SIRIC Montpellier Cancer pour mieux comprendre et combattre les altérations métaboliques associées à la progression tumorale.
. Alexandre, pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste la cachexie et pourquoi elle représente un enjeu majeur dans le cancer ?
La cachexie est un syndrome général souvent associé aux cancers avancés, mais aussi à d’autres maladies chroniques. Elle se manifeste par une perte de poids importante, en particulier de masse musculaire, qui a un impact direct sur la capacité des patients à suivre leurs traitements. Un malade atteint de cachexie sévère voit ses chances de survie divisées par deux. Depuis les années 1950, on observe ce phénomène chez les patients atteints de cancer, mais il a fallu attendre 2011 pour disposer d’une définition consensuelle. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) reconnaît désormais la cachexie comme une maladie en soi, ouvrant la voie au développement de traitements spécifiques. Or, augmenter simplement la nutrition ne suffit pas : la perte de muscle est multifactorielle et varie d’un patient à l’autre. Nos recherches visent donc à mieux comprendre la diversité des mécanismes biologiques impliqués et à identifier des biomarqueurs capables de prédire l’apparition de cette pathologie.
-
Aurélien, quel a été votre parcours avant de rejoindre l’équipe d’Alexandre Djiane au SIRIC Montpellier Cancer ?
Je suis diététicien de formation et j’ai d’abord travaillé dans le domaine de l’éducation thérapeutique du patient, en coordonnant, sous la responsabilité du Dr Pierre Senesse à l’ICM, un projet soutenu par l’ARS autour de la nutrition entérale et parentérale. L’objectif était d’aider les patients à devenir autonomes face à leur maladie, avec l’appui de groupes de patients experts. J’ai ensuite poursuivi un master qui m’a conduit à réaliser une thèse entre la France et le Canada, où j’ai collaboré avec plusieurs équipes, notamment celle du Prof. Vickie Baracos à l’Université d’Alberta, l’une des plus grandes expertes mondiales dans le domaine de la cachexie liée au cancer. Ce parcours m’a naturellement amené à rejoindre l’équipe d’Alexandre au SIRIC, où nous partageons la même ambition : améliorer la vie des patients atteints de cancer, de la prise en charge initiale jusqu’au traitement.
-
Quels sont aujourd’hui les grands objectifs de vos recherches et les prochaines étapes de vos projets ?
Notre priorité est d’identifier des biomarqueurs précoces et spécifiques de la cachexie. Pour cela, nous avons mis en place une biobanque cachexie (BCB) qui regroupe des échantillons sanguins de patients suivis de manière rétrospective et longitudinale. Ces prélèvements permettent d’étudier de multiples marqueurs (protéines, métabolites, cellules immunitaires circulantes) grâce aux plateformes et aux ressources du SIRIC Montpellier Cancer. Nous disposons déjà d’un premier jeu de données sur 80 patients, et les premières analyses. Parallèlement, nous explorons, au niveau du muscle, les mécanismes d’atrophie et de catabolisme pour comprendre comment les cellules musculaires réagissent à une stimulation tumorale. À terme, notre objectif est double : mieux prédire la survenue de la cachexie et ouvrir la voie à des traitements capables de la freiner.